Pendant la nuit du 21 au 22, les soldats ont passé leur temps à faire des retranchements dans les champs non loin du haut de Bleid pour eux et pour leur artillerie.
À 4h1/2 du matin, on distribue aux hommes autant de cartouches qu'ils peuvent en porter, puis ils mettent les baïonnettes aux canons. Le brouillard est si épais qu'on se distingue à peine. Vers 7h1/2, la première rencontre a lieu.
Les Français qui occupent Bleid, le parc, le 2e bois, le mat et tous les champs autour de Bleid se sont aussi avancés sur le haut.
L'artillerie française sait au juste où se trouve l'ennemi et lui envoie une pluie d'obus, c'est en vain que les Allemands veulent la faire taire, ils éprouvent de grandes pertes.
L'artillerie allemande tire aussi sans arrêt. Les mitrailleuses en grand nombre projettent une grêle serrée de balles fauchant des rangs entiers de malheureux Français. Les Français sont si valeureux que les Allemands furent à un moment sur le point de reculer, pourtant ils se reprennent étant d'ailleurs plus nombreux (4000 contre 6000) et font une charge à la baïonnette fortement appuyée par leur artillerie.
Les Français ne pouvant plus tenir sur le haut lâchent la place en courant, sautant les talus en pente. Les Français se retranchent alors dans le parc, le second bois et cette ligne de champs, mais, avant d'y arriver, beaucoup des leurs tombent sous la mitraille.
L'artillerie française broie plusieurs mitrailleuses avec ses servants et fauche toujours les troupes allemandes sans qu'on puisse découvrir où elle se cache.
Après une héroïque résistance, les Français plient encore car les malheureux sont dans un terrible enfer : une de leurs propres batteries se joint aux batteries allemandes pour les broyer croyant les Allemands à leur place. La bataille a continué jusqu'au lendemain, vers 11 heures. Elle fut une des plus meurtières et tous ceux qui y ont survécu s'en souviennent comme d'un terrible carnage.